Ayoye! Méchant dilemme

Début du livre AYOYE! MÉCHANT DILEMME

Auteure : Véronique Veilleux

Bon, ça y est ! Le GRAND JOUR est arrivé. Pas celui de la fin du monde… quoique ça pourrait être pire que la fin du monde ! Il est déjà six heures trente et je n’ai rien à me mettre sur le dos. Pourquoi n’ai-je pas pensé à renouveler ma garde-robe ? Après tout, on n’entre pas au secondaire avec le même vieux linge de bébé qu’au primaire. Pas de panique ! Je vais finir par trouver… j’espère ! Il ne me reste qu’une demi-heure avant que l’autobus ne vienne me chercher pour ma première journée au secondaire. Il faut que j’appelle mon amie Catherine ! Je sors chercher le téléphone dans la cuisine. Non mais, à mon âge, je devrais en avoir un dans ma chambre. J’ai souvent essayé d’en parler sérieusement avec mes parents ; après tout, j’ai presque 13 ans ! En plus, mon frère en a bien deux à lui tout seul ! Un dans sa chambre et un cellulaire. C’est peine perdue. Mes parents refusent que j’en aie un dans ma chambre. Quand j’essaie de leur expliquer qu’à mon âge, j’ai besoin d’intimité pour parler avec mes amies, Ils ne veulent rien entendre ! Ils disent que je pourrais réveiller le bébé en parlant au téléphone. Maudit que j’en ai assez de ma sœur ! Pourquoi a-t-il fallu que mes parents aient une fille ? Ils n’auraient pas pu avoir un gars ? Au moins, ils l’auraient installé dans la chambre de mon frère ! Je compose le numéro de Catherine. Ça sonne…

— Allô ! fait la voix endormie de Catherine.

— Cat, c’est Émilie. Quoi ! T’étais pas encore levée ? Mais sais-tu quel jour on est ?

— Ben oui, je le sais, répond Catherine. C’est le premier jour de l’enfer ! Ma sœur m’a dit que les plus vieux arrêtent pas de se moquer des nouveaux de première secondaire. Il paraît même qu’on doit leur donner notre dîner…

Ça y est ! Elle recommence. Elle en a pour deux heures à m’énumérer toutes les tortures possibles que nous allons subir au secondaire telles que racontées par sa sœur. Stéphanie, la grande sœur de Catherine, est en cinquième secondaire. C’est la fille la plus populaire de l’école et elle sort même avec le joueur étoile de l’équipe de football, le beau Gabriel. Stéphanie, c’est la jolie fille qui séduit tous les gars populaires. Et maintenant, elle tente d’effrayer sa petite sœur. Stéphanie déteste Catherine, et l’occasion est toujours bonne pour l’emmerder, l’effrayer ou lui faire un paquet de mauvais coups. Elle fait même passer ses coups à elle sur le dos de mon amie. Et, bien sûr, mon amie est punie pour des choses qu’elle n’a même pas faites. C’est facile de mettre ça sur le dos de la petite sœur trop gênée pour répliquer. Pour l’instant, je dois rassurer mon amie qui n’est pas encore levée et qui, de toute évidence, n’a aucune envie d’aller à l’école aujourd’hui. Je ne peux quand même pas arriver à ma première journée au secondaire seule. De quoi aurais-je l’air ?

— Écoute, Cat, notre nouvelle école te mangera pas. Et le monde non plus ! Cesse de t’en faire ! Tu vas voir, tout va bien aller. On va rester tout le temps ensemble. 

— Tu le promets, Émy, hein ? Tu me planteras pas là, toute seule parmi le monde du secondaire ?

— Franchement, nous aussi, on est au secondaire. Et non, je te planterai pas là !

— Émilie, peux-tu venir prendre l’autobus à mon arrêt ? J’ai peur de me tromper.

Elle a peur de se tromper d’autobus ! Franchement, nous ne sommes plus à la maternelle ! Tant pis, s’il faut que j’aille lui tenir la main, je vais le faire. Je ne tiens vraiment pas à entrer au secondaire toute seule.

— J’arrive, Cat, laisse-moi une demi-heure pour me préparer.

— Hein ! Tu prends une demi-heure pour te préparer ? C’est quoi l’affaire ? Tu mets pu la première chose qui te tombe sous la main ?

— Non, Cat, on est au secondaire, maintenant, et la première impression est très importante. C’est là que tu vas te faire classer. Et j’ai pas envie de passer pour une nerd téteuse de prof ! Je veux me faire des amis, pas des ennemis. Il faut que je te laisse. Salut !

Bon, maintenant que j’ai perdu tout mon temps à rassurer mon amie, je dois me préparer en vitesse. Je décide de mettre mon jeans préféré et un chandail bleu. Je me dirige vers la salle de bain. Barrée ! C’est pas vrai! Mon frère est encore là ! Je veux bien croire que chaque matin, ça lui prend deux heures pour faire ses pics sur sa tête, surtout qu’il a les cheveux un peu longs pour ce style de coiffure, mais là, c’est trop ! Il ne faut surtout pas que j’arrive en retard à l’école la première journée ! En plus, il faut que je me maquille pour effacer les cernes sous mes yeux. Je n’ai pas très bien dormi cette nuit. Ma petite sœur de deux ans et demi perce encore ses dents et elle pleure tout le temps.

— Maaaaaaax, sors de là ! Si tu finis de te peigner plus tard, je vais faire la vaisselle à ta place !

Ça marche à tous les coups ! Mon frère sort immédiatement de la salle de bain. Il a une moitié de tête verte avec les cheveux hérissés en pics et l’autre pas peignée. Comme d’habitude, il est vêtu de son style vestimentaire bien à lui. Un mélange de rappeur, de rockeur et de gothique. Et lui aussi, il a les yeux pochés. Mon frère, lui, au moins, n’a pas à dormir dans la même chambre que le bébé ! Pauvre Max, il doit sûrement s’ennuyer du centre d’accueil ces jours-ci. Quand il habitait là-bas, il n’entendait pas Jade, notre petite sœur, pleurer des nuits entières. À moins que ce soit son amoureux, André, qui l’ait tenu réveillé en parlant avec lui au téléphone une partie de la nuit ! J’entre dans la salle de bain. Je me regarde dans le miroir. Je me maquille. Je me regarde une dernière fois dans le miroir. Bon, je n’ai pas l’air trop snob, ni téteuse, ni twit ! Ça devrait aller. Aussitôt que je sors, mon frère retourne dans la salle de bain finir de se coiffer. Je me dirige vers la cuisine. Je me fais deux toasts que je mange en vitesse. Déjà sept heures trente. Oh non ! Je vais être en retard. Je lance un vague « salut » à l’intention de mes parents et je me sauve en vitesse. Je cours durant presque tout le trajet jusque chez Catherine. Lorsqu’elle m’ouvre enfin, je la tire par le bras et nous nous dirigeons vers l’arrêt d’autobus en courant. Mon amie me suit loin derrière. Comme elle a un gros problème d’embonpoint, elle ne parvient pas à courir. Elle finit par me rejoindre. Elle est tout essoufflée. L’autobus arrive à ce moment. Un peu plus et nous le manquions ! 

Chapitre 2

Arrivées à l’école, nous débarquons de l’autobus. Sans nous retourner, Catherine et moi  entrons dans l’établissement.

— Wow ! C’est ben grand ! s’écrie immédiatement mon amie.

— Ça doit être mille fois plus grand que notre ancienne école !

Catherine et moi marchons dans le hall d’entrée, ne sachant trop où aller. Il y a plein de monde et ils ont tous l’air de savoir où ils vont. Tous sauf nous.

Émilie, c’est où qu’on doit aller chercher notre horaire ?

— À la cafétéria.

— Je répète ma question. Où est-ce qu’on doit aller chercher notre horaire ?

— Cat, je viens de te répondre ! dis-je en me retenant pour ne pas perdre patience devant les autres. À la cafétéria !

— Tout ce que je veux savoir, c’est : EST LA CAFÉTÉRIA ?

Moi qui ne voulais pas me faire remarquer, c’est raté. Mon amie a crié tellement fort que tout le monde s’est retourné et nous regarde. Mal à l’aise, je tente de me fondre dans la foule, sans succès. Ils savent tous que je suis avec elle et que nous ne sommes que deux belles dindes nouvelles à l’école. Nous n’avons pas fini de nous faire écœurer… Je prends mon amie par le bras et l’entraîne au bout du corridor. Je pensais y trouver la cafétéria, mais nous aboutissons plutôt dans la salle des casiers. C’est une grande pièce avec plusieurs centaines de rangées de cases. Mon amie et moi continuons de marcher, cherchant une sortie qui nous mènerait tout droit à la cafétéria, mais c’est en vain. Cette pièce est un vrai labyrinthe ! Impossible d’en sortir ! En plus, il n’y a personne. Paniquée, mon amie me demande :

— Émilie, comment on va sortir d’ici ?

— C’est pas compliqué ! On va faire le tour et on finira bien par trouver la sortie.

— C’est parce que ça fait deux fois qu’on fait le tour !

— Cat, si on a pu entrer ici, c’est qu’il y a une porte quelque part ! On n’a qu’à suivre le mur et non les cases.

Et c’est ce que nous commençons à faire. Finalement, nous trouvons une sortie qui mène… dehors ! Catherine et moi décidons donc de sortir et de retourner vers l’entrée principale. Ensuite, au lieu d’aller vers la gauche, nous allons vers la droite. Nous nous retrouvons finalement dans une pièce sombre remplie de fauteuils. Ça doit être l’amphithéâtre. La salle est bondée de monde. Pas étonnant que celle des casiers soit vide. Cette fois, avant d’aller nous perdre de nouveau, Catherine et moi sortons et rebroussons chemin pour retourner à l’entrée principale. La cafétéria n’est ni à gauche ni à droite. Il faut donc aller tout droit. Notre dernier choix mais non le moindre nous mène enfin à une salle remplie de tables. Contrairement à ce à quoi je m’attendais, la place est presque vide. Il ne reste que quelques personnes. Il y a trois rangées où l’on distribue les horaires. De A à G, de H à M et de N à Z. Nous nous dirigeons chacune vers notre rangée respective où on nous remet nos horaires et une liste de règlements qui ne contient que cent pages ! On repassera pour l’économie de papier ! Et dire que nous sommes dans une école qui se veut à développement durable. On nous dit finalement de descendre à l’amphithéâtre, où le directeur va nous souhaiter la bienvenue.

Lorsque nous arrivons dans la salle, il ne reste plus aucune place à l’arrière. Nous nous voyons donc obligées d’aller nous asseoir dans la première rangée. Pendant que nous nous y rendons, tout le monde nous regarde. C’est tellement gênant. Nous entendons même quelqu’un nous crier parmi l’assistance : « Hey ! Les nerds, allez donc téter le directeur ! » Toute la salle éclate de rire. Je regarde d’où ça vient et je vois Stéphanie. J’aurais dû me douter qu’elle finirait par saboter la première journée d’école de sa sœur. Maintenant, tout le monde rit de nous. C’est si humiliant ! Nous arrivons enfin en bas. Catherine et moi nous assoyons. Quelques minutes plus tard, un homme aux cheveux grisonnants en habit-cravate s’avance sur la scène. On pourrait difficilement le manquer, puisqu’il porte une cravate rose quasi fluorescente avec des pois verts. Elle est encore plus voyante que les cheveux de mon frère. Le directeur s’approche du micro et commence à parler :

— Bonjour à tous et à toutes ! Je me présente, je m’appelle Henri Gagné et je suis votre directeur…

Il continue ainsi pendant plus de trois heures, énumérant un à un tous les règlements de l’école. En fait, il nous lit le dépliant de cent pages au complet. Tout le monde semble sur le point de s’endormir tellement c’est ennuyant.

— … Sur cela, je vous souhaite une très bonne année scolaire. Je vous souhaite à tous et à toutes de réussir dans vos études. Si vous avez des questions ou des problèmes, vous pouvez venir me voir à tout moment. Mon bureau se trouve au deuxième étage. C’est le 219. Merci de votre attention, et bonne continuité.

Sur ces paroles, les élèves commencent à sortir. Dehors, Catherine et moi jetons un œil à nos horaires. Nous sommes déjà séparées : elle commence en éducation physique et moi, en mathématiques. Nous nous dirigeons donc vers nos classes respectives après nous être promis de nous rejoindre à la cafétéria, à la pause.